Vraisemblance 01-06

« Vraisemblance »
2003-2005 / Format variable / Lambda Fuji Archive mat / série ouverte

D'abord, des images léchées, des images claires dont on a détaché le sujet du noir, du lieu du studio ou du lieu perdu dans le flou. En apparence, des images simples vers lesquelles on se trouve face à face.

Dans cette suite de portraits, ouvrant du visage le plus serré à la complexité du langage du corps, un où plusieurs individus posent dans une sérénité convenue. Nous sommes dans l'idée de la représentation de la personne humaine, avec cet air de déjà vu, avec leur air de gène ou d'aise face au photographe, à travers l'objectif. Et pourtant, nous sommes déroutés.

Déroutés d'abord, parce que l'absence d'une systématique, chère à une certaine photographie contemporaine, est brisée par Eva Lauterlein: multiplicité des formats des images, des rapports d'échelle, du nombre de sujets sur l'image, multiplicité de leur âge, du contexte où ils se trouvent, de leurs attitudes. Et pour autant, l'on n'a pas envie de croire que la seule qualité de lumière fasse tenir la série, rassemble les photographies sous le titre.

Alors, oui, comme souvent chez Eva Lauterlein, il faut marquer un temps d'arrêt, dans lequel, du simple dérangement de ce qui précède, le malaise va aller croissant par ce qu'il a d'obscur et d'invisible. Le regard, sur telle image, est par trop vide ou sur telle autre, trop intense. Sur celle-ci, les traits définissent un homme ou une femme, quelqu'un qui, plus il se laisse voir, moins il se laisse appréhender. Là, par trois fois, c'est un même enfant qui pose dans l'impatience. Ici, une main d'homme sur l'épaule d'une fillette évoque vaguement quelque violence larvée et dérangeante. Chaque fois, une duperie malsaine de la photographie va vers le spectateur, et l'on est comme au cabinet des curiosités zoologiques, le regard dans sa volonté propre de se détacher et dans un même mouvement, dans son impossibilité de le faire.

Nous sommes face aux monstres discrets, une fois encore, dérangés dans la quiétude bienséante du rôle de spectateur. Finalement, Vraisemblance est à l'image d'un monde de nos cauchemars, altéré, peuplé d'êtres qui par le travail de l'artiste rejoignent notre réalité, et, qui sait, l'anticipent peut-être.

David Gagnebin-de Bons

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